Par les grosses chaleurs du mois d’août, pour trouver un peu defraicheur et déserter le lac encombré, beaucoup de familles de l’agglomération annécienne et d’ailleurs se retrouvent sur les bords du Fier, cette rivière si chère aux annéciens et si négligée par les pouvoirs publiques. Ils viennent depuis le matin dans des endroits accessibles et repartent au soleil couchant : on peut dire que le Fier est le poumon d’Annecy.
Ces familles passent les journées en grillades, baignades, et bronzage sur les rochers ; leurs lieux de prédilection sont les gouilles (trous) et les plages attenantes. Pour moi, pêcheur à la mouche, je maudissais ses intrus…Mais je compris bien vite que je pouvais en tirer profit en observant la rivière.
En effet, les truites, dérangées par les plongeons bruyants et le va et vient incessant, restaient calées et ne se nourrissaient pas de la journée. En plus, des milliers de larves étaient en suspension entre les eaux remuées du fond par les nageurs. En interrogeant quelques jeunes plongeurs, je me tenais au courant de la densité des truites : sous les rochers ils avaient constaté quelques beaux spécimens calés, et un nombre impressionnant de sujets de toute taille.
« Mes coups du soir », ce sont justement dans ces lieux où, le calme revenu, les truites sortent avec une activité effrénée. J’ai remarqué, dès le dernier nageur sorti de l’eau, à peine cinq minutes après, les truites affamées commencent à se nourrir. En aval, dans peu de hauteur d’eau, on trouve de belles truites dans ces lieux délaissés par les baigneurs ; décalées, elles se sont adaptées et se nourrissent de la manne de nourriture apporté par le courant. Ces endroits, quoique insolites pour moi (car les truites sont loin de leurs caches habituelles) sont, à mon avis, le résultat d’une situation exceptionnelle. Pour ma part, mon arrivée sur les lieux coïncide avec la sortie du dernier baigneur ; il reste néanmoins quelques pique-niqueurs sur la grève qui m’observent et sont étonnés que je sorte quelques truites sous leur nez. Je pêche encore un moment.
A la nuit tombée, je quitte les lieux et sur la « plage » déserte, je ramasse les papiers gras et les emballages laissés par des « baigneurs » peu scrupuleux ; je mets le tout dans une poubelle mise à disposition par la commune de Pringy, tout près du petit parking un peu plus haut. L’endroit de ce « coup du soir » se situe au pont de Brogny, en amont du pont routier et du pont de chemin de fer.
Et cela se déroulait il y a 35 ans.

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