Un endroit connu des pêcheurs hauts savoyards, c’est bien la passerelle située sur la commune de Cusy, enjambant le Chéran, cette rivière mythique si poissonneuse, et tant capricieuse. Cet ouvrage fait de deux piliers de grosses pierres sur chaque rive, relié par deux poutrelles de fer, recouvertes de traverses de bois de 2 mètres et comme parapet des câbles tenus par des ferrailles en forme de H , c’est branlant, mais solide (depuis la vieille passerelle n’existe plus, remplacée par une nouvelle).

Nous sommes fin juillet, je décide de faire le coup du soir. J’avais repéré lors de mes précédentes pêches dans le secteur, un coin idéal en aval de la passerelle. Comme les bords du Chéran sont parfois impraticables, et le lieu de pêche loin du stationnement de la voiture, j’avais balisé l’itinéraire par des repères et des lanières de tissu blanc.

La lune étant favorable, je me rends à la passerelle de Cusy, je gare ma voiture sur le parking de l’auberge dont le patron gère le petit camping atténuant, j’enfile mes cuissardes, et dument équipé de mon matériel à mouches, de ma lampe frontale, je traverse la passerelle , je prends à gauche le chemin du pêcheur. je marche d’un bon pas, toujours sur le chemin je traverse un bois de sapins ensuite j’escalade les fils barbelés d’un parc vite traversé, encore un passage dans un autre un bois me rapprochant de la rivière, une glissade vers celle-ci en contre bas, le passage délicat de quelques embâcles et je suis à pied d’œuvre sur mon rocher au milieu du cours d’eau, il est pas loin des 20 heures.

C’est un endroit stratégique, je contrôle depuis là, quatre possibilités de postes à truites, il suffit d’attendre sans bouger les gobages et le tour est joué !!! Donc j’attends, devant moi en amont, sur ma gauche à12 mètres, un arbre mort couché dans un virage recouvrant de ses branches une belle gouille, un peu à droite un gros rocher à la même distance, à coté du rocher un léger courant et à 8 mètres un autre rocher en bordure de la rive opposée. Il y a 8 jours j’avais aménagé le poste de l’arbre mort en coupant les branches qui pourraient me gêner dans mes lancers.

Bientôt 20 heures, assis sur mon rocher, je scrute la rivière, quelques éclosions commencent à se manifester, tout à coup une petite virgule dans le courant, puis une deuxième me confirme la présence d’un poisson, d’un revers je pose ma mouche une « peute » légèrement en dessus du gobage avec un lancer courbe parfait, elle disparait, je ferre délicatement, la truite sitôt accrochée est rapidement dans l’épuisette, j’ai pour principe de sortir rapidement le poisson dés que c’est possible, belle pièce de 35 cm. A peine remis de mes émotions, un autre gobage, cette fois- ci c’est sous l’arbre mort, un lancer à coté pour régler la distance de ma soie, en lancer droit je passe entre les branches, à peine posée ma mouche est prise bruyamment, je ferre avec douceur, tout de suite je bride la truite car je sais par expérience que si je laisse faire elle ira se réfugier dans les racines de l’arbre et ce sera fini pour mon bas de ligne, je la ramène dans mon épuisette, encore une belle de plus de 30 cm, je suis vraiment verni !!!

Je change mon bas de ligne pendant qu’il fait encore de la lumière,je mets du 18/100 on verra ?…et une mouche plus claire sur hameçon de 14 … Maintenant les gobages sont nombreux,j’attaque devant le rocher,pour laisser reposer les autres postes, le mieux pour ce coup là, c’est de poser l’artificielle sur le rocher et de tirer sur la soie de façon que l’imitation tombe naturellement à l’endroit désiré, je me reprends à deux fois pour la poser correctement, je tire la soie, elle vient ouf!!! La mouche à peine tombée la truite est prise, je suis aux anges, c’est à peine croyable, encore une de plus de 30cm.
Je pêche encore un moment en alternant les postes, je prends encore du poisson aux endroits déjà pêché ?… C’est vraiment magique, par contre j’ai quelques décrochés, il commence à faire nuit je me résigne à rentrer, ma lampe frontale allumée, je reprends le chemin du retour bien aidé par mes multiples repères.
A la voiture, au lieu de partir, je rentre dans la petite auberge pour montrer mes prises, qui s’élèvent à sept, je donne deux truites au patron en échange d’un sandwich et d’une bière, sandwich englouti et bière bue, je rentre à la maison.
Moment magique, où les truites gobent à tout va, c’est vrai qu’il a plus 30 ans de ça.

Lionel Arnaud

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