Les ouvertures de pêche en Haute Savoie, sont pour la plupart du temps une gageure, froid, eaux de neige sont des éléments pour faire une ouverture ratée, mais comment ne pas résister à l’appel de la rivière, ayant patienté des long mois en rêvant de cet instant. Mais cessant d’être pessimiste, j’ai vécu des ouvertures réussies. J’ai vu dans le Chablais en 1959 fin février, dans la Drance, au pont de la Douceur, des paniers bien pleins, où la presse locale le lendemain montrait les photos de pêcheurs exhibant leurs captures, et comme il n’y avait pas de limites de prises, c’était impressionnant de voir cette multitude de truites alignées en rang d’oignons.

Sans être nostalgique du passé, dans la région annécienne, Il existait un endroit très poissonneux dans le Fier, où l’ouverture était un vrai concours de pêche, c’est la gouille à Mermier ( qui a disparue depuis) bien peuplée en truites du Dessoubre à la robe zébrée(1) (un essai de la fédération pour essayer d’acclimater cette truite sauvage dans le Fier).

C’est l’ouverture dans les années 75… 80 ? comme beaucoup de pêcheurs, par une belle journée ensoleillée, les eaux claires, un peu basses , je me rends dûment équipé pour pêcher sur les bords de la gouille à « Mermier », il est 8h30, déjà les bons endroits sont pris par beaucoup de pêcheurs, car il faut arriver de bonne heure pour prétendre une place de choix, je suis sûr que certains sont arrivés dés l’aube!!! Qu’importe l’emplacement ! je remarque, en amont à l’arrivée du Fier, un endroit entre gouille et rivière, un espace où quelques rares pêcheurs s’évertuent à prendre du poisson dans le Fier. Traversant à gué le torrent, à côté d’eux je monte mon matériel tout en discutant, car il se trouve que c’est des gars de connaissance, à l’aide d’une ligne équipée d’un petit bouchon, assez plombée, canne télescopique de 6 mètres (pour la maraude), hameçon esché d’une teigne.

Je tente de lancer ma ligne dans le pool(2) juste en face de moi. c’est trop loin et je n’y arrive pas!!! je me contente de pêcher devant dans un petit courant, par contre mon voisin Silvio y arrive bien, étant doté d’une canne en fibre de carbone de 7 mètres (acquisition récente, les premières), il est dans la bonne veine à 1 mètre devant moi, et il commence à ferrer des truites de tailles respectables, je ne pêche plus, étant occupé à le regarder, Je me dis que les truites de la gouille sont là, installées à manger?…

Silvio continue à sortir du poisson tel un métronome, il commence à arriver des pêcheurs de toute part attirés par le succès de Silvio et voulant prendre la place. Alors je prends la décision de retourner à la maison, il est 9h30 j’ai le temps! je plie mon matériel en vitesse, je saute dans ma voiture, à la maison je prends mon matériel de pêche à la mouche, 1 heure après je suis de retour sur les lieux. « Où est passé Silvio? » parti! il a fait le plein, me répond-on, je me mets en face du courant, dans la ligne du pool et avec une lie de vin en noyée (3). Maintenant je fouette , ma mouche tombe en haut du pool bien en amont, dans la bonne veine, canne haute je contrôle, arrêt soudain, léger ferrage, c’est accroché, ma première truite de l’année, belle zébrée de 35 cm, d’autres viendront remplir mon panier. A midi passé, je décide de partir, je compte mes prises, sept truites du « Dessoubre » à peu prés de la même taille que la première, belle pêche, mais suffisant pour moi, le nombre étant limité à dix.

C’est vrai, une ouverture exceptionnelle, un vivier (la gouille à Mermier) des truites vagabondes décidées à sortir de leur espace, pour s’alimenter dans le courant du Fier, mais de quoi ? un apport supplémentaire de nourriture?… un besoin d’oxygène?… la question est posée, pour moi c’est sans réponse.

LIONEL ARNAUD

(1)Rivière du haut Doubs très poissonneuse.

(2)Portion de rivière située entre deux courants.

(3)Lie de vin Gravillon, le nom de son auteur pêcheur en noyée réputé dans l’agglomération annécienne.

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